Qu’implique les démarches de réhabilitation-renovation, pour la collectivité et ses maîtres d’oeuvre ? Sylvie Milliot-Maurice, experte en maîtrise d’oeuvre, nous fait part de sa vision et de ses bonnes pratiques en la matière.


Quels sont, selon vous, les principaux enjeux du dimensionnement des réseaux d’eau potable et assainissement ? 

Les enjeux du dimensionnement sont différents entre les domaines de l’eau potable et de l’assainissement. 

Dans l’adduction d’eau potable, les enjeux sont liés à la qualité de l’eau. Quand on a un réseau sous-dimensionné, les usagers ne sont pas satisfaits. Quand il est surdimensionné, la qualité de l’eau se détériore très rapidement, d’où la nécessité d’avoir un dimensionnement juste en fonction des usages du secteur qui est alimenté. On peut ainsi optimiser la distribution d’eau : quand un réseau est bien dimensionné, on peut le mailler. Cela évite d’avoir des réseaux surdimensionnés et permet d’avoir une qualité de l’eau optimale. 

En termes de dimensionnement du réseau d’assainissement, le grand enjeu est la capacité des réseaux à emmener l’ensemble des eaux usées dans un milieu de traitement (lagunage ou station d’épuration). Un bon dimensionnement des réseaux d’assainissement permet d’absorber toutes les eaux usées et d’éviter des rejets potentiellement catastrophiques en milieu naturel. Mieux le réseau d’assainissement est dimensionné, moins on a de rejets en milieu naturel et plus on le préserve de pollutions diverses et variées.

 

Quelles sont les obligations des collectivités en matière de rénovation et de réhabilitation des réseaux d’eau et d’assainissement ? 

Quelle est la différence entre rénovation et réhabilitation de réseau ?

On parle de réhabilitation quand on conserve le réseau en place et qu’on en améliore la structure.
La rénovation de réseau, quant à elle, consiste à créer un nouveau réseau en lieu et place du réseau existant.

Les collectivités n’ont pas d’obligation en termes de rénovation et de réhabilitation des réseaux d’eau et d’assainissement lorsqu’ils sont bien dimensionnés et répondent aux objectifs fixés en termes de collecte des eaux usées et de distribution d’eau potable. 

À partir du moment où un problème est décelé (un sous-dimensionnement, un problème de qualité d’eau, un problème de collecte ou de fuites importantes…), la collectivité a le devoir de remédier au problème. En cas de fuites importantes sur un réseau d’eau, le rendement n’est pas optimisé. Une réhabilitation ou une rénovation du réseau d’eau potable est alors nécessaire. 

Les réseaux d’eaux usées sont assez souvent sous-dimensionnés et occasionnent des débordements intempestifs en milieu naturel. On peut aussi trouver des réseaux anciens qui sont fuyards et qui génèrent des pollutions diffuses le long du réseau. Dans ce cadre-là, la collectivité a l’obligation soit d’augmenter son rendement en ce qui concerne l’eau potable, soit de remédier aux fuites donc aux pollutions diffuses liées à son réseau d’assainissement. 

De quelles variables dépend le choix entre rénovation et réhabilitation ?

En premier lieu, de l’état initial du réseau. La réhabilitation est possible lorsque le réseau d’assainissement n’est pas trop endommagé. On réhabilite lorsqu’il s’agit par exemple d’un problème de fissures ou de petits manques d’étanchéité.

On opte pour la rénovation quand les fuites sont plus importantes, ou bien lorsqu’on constate un sous-dimensionnement pour les eaux usées ou un surdimensionnement pour l’eau potable. La rénovation des réseaux d’eau potable reste très rare. En général, lorsqu’on a des fuites sur des réseaux de distribution, il s’agit d’un défaut structurel du réseau. Dans ces cas-là, la réhabilitation n’est pas appropriée parce que la structure du tuyau est trop endommagée. 


Quelles seraient pour vous les principales bonnes pratiques à appliquer en matière de rénovation et réhabilitation des réseaux ? 

La bonne pratique que je recommande pour la rénovation ou la réhabilitation, c’est d’avoir un suivi régulier de son réseau, que ce soit en eau potable ou en assainissement. Plus le réseau est surveillé, plus on saura détecter les anomalies. Plus on intervient en amont, plus simple sera la réhabilitation. 

Pour la rénovation, il ne faut pas attendre d’avoir un réseau complètement obsolète pour réfléchir à sa rénovation. Quand on rénove dans l’urgence, cela veut dire qu’en amont, le réseau n’a pas été bien suivi et qu’il est sans doute très vétuste. Il vaut mieux anticiper, quitte à privilégier une réhabilitation plutôt qu’une rénovation. 

Ma bonne pratique, c’est une surveillance et une vision sur le long terme avec l’élaboration de programmes pluriannuels de rénovation et de réhabilitation de réseau. 

 

Selon vous, quelles seront les évolutions de la réglementation en matière de réseaux d’eau et d’assainissement dans les années à venir ? 

En termes de réglementation, on se dirige vers une dissociation entre l’eau potable et l’assainissement.

En eau potable, la réglementation a déjà énormément évolué au cours des dernières années. Elle s’axera sur la thématique du rendement des réseaux. La chasse aux fuites et au gaspillage va se durcir. 

Les collectivités seront également encouragées à récupérer et réutiliser davantage leurs eaux pluviales, dans des domaines divers et variés. 

En termes d’assainissement, la réglementation continuera à évoluer vers une meilleure surveillance des réseaux. Dans les années passées, on a mis en place la surveillance des déversoirs d’orage, qui est une obligation pour les plus gros d’entre eux. Je pense que dans le futur, tous les déversoirs d’orage seront amenés à être surveillés. Il faudra donc avoir une action beaucoup plus pointue sur les quantités de polluants rejetés en milieu naturel sans traitement. 

Les nouvelles contraintes imposées au maître d’ouvrage (et donc au maître d’oeuvre) demanderont des calculs et des travaux plus rigoureux. Les maîtres d’ouvrage devront être plus précis dans leurs évaluations à moyen terme, en matière de rendement de réseaux et épuratoire. Dès à présent, il faut prendre en compte les besoins futurs.

De plus en plus, on se dirige vers des régulations de ces besoins futurs pour éviter d’avoir un surdimensionnement des réseaux et limiter les surcoûts liés aux travaux de sur-dimensions.

En ce qui concerne la réglementation dans l’eau potable, il y aura probablement un renforcement des normes sur la qualité de l’eau, notamment en termes de bactériologie. À terme, je pense qu’on imposera aux collectivités de chlorer davantage leur eau.

Sylvie Milliot-Maurice

About Sylvie Milliot-Maurice

Ingénieur territorial durant 15 ans au sein de collectivités de tailles variées, Sylvie Milliot-Maurice a développé une solide expérience dans la gestion des réseaux d’adduction et de collecte des eaux usées. Maintenant gérante de la société ADCE, elle met sa technicité et son expérience au service des structures publiques ou privées qui souhaitent intervenir sur leurs réseaux mais aussi dans leurs bâtiments. Elle intervenient à chaque étape d’un projet ou pour accompagner ponctuellement le maître d’ouvrage. Ses domaines de compétences sont les réseaux d’eau potable et d’assainissement, la gestion de chantier et les marchés publics.